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Voilà trente ans que Josette Genschke-Maréchal a quitté
sa Croix-Rousse estudiantine des Beaux-Arts pour suivre à Munich, Norbert
devenu son mari. Trente ans et quelque 210 000 km parcourus de l'Allemagne
vers la France, des attaches d'hier à celles d'aujourd'hui, avec des
crochets vers l'Angleterre, l'Algérie, l'Autriche, la Pologne ou encore les
PaysBas. Et des valises qui se remplissent d'émotions, de rencontres,
d'amitiés liées avec des artistes de tous les pays, des engagements aussi
auprès d'amis en souffrance. C'est un coeur «grand
comme ça » qui s'amplifie à chaque rencontre et qui annihile toutes les
frontières.
Alors, quand on pense avoir tout dit, que l'on a parcouru tous ces chemins
vers l'autre pas à pas, on simplifie les formes à l'extrême et on réinvente
un monde abstrait où les couleurs s'enchaînent pour ne laisser parler que
l'essentiel. La lumière explose et les traits se font rare et se posent,
telles de notes sur une partition musicale et traduisent l'émotion de
l'instant. Rien n'est laissé au hasard et par touches colorées, l'imaginaire
s'agence et ouvre la porte de toutes les évocations. Même la terre, elle
même inscrite dans l'âme, vient se déposer sur les toiles en couches
granuleuses et pulpeuses. «Plus j'allais vers
!'aut re, que je m'ouvrais à l'autre, plus je refermais
mon cocon intérieur sur cette terre étrangère où faire pousser les enfants
restait ma préoccupation première. Leur faire découvrir une nouvelle langue
bien sûr mais aussi une nouvelle culture m'a pris une douzaine d'années. »
Une première exposition en France
Revenir vers sa terre natale avec sur ses souliers un peu de celle foulée au
détour des chemins du monde et exposer ses déchirures, ses certitudes et ses
inquiétudes, voilà la boucle qui se boucle. La famille et les amis lyonnais
de l'artiste sont là pour découvrir le chemin parcouru depuis
l'apprentissage avec Fusaro ou les grands maîtres de la Cité des Gaules
jusqu'à l'exil d'amour. Et si l'artiste est une habituée des expositions
munichoises où, à chaque fois, plus d'une trentaine de toiles s'accrochent
aux cimaises, pour cette première française, des larmes ont coulé. Mais
Norbert est auprès d'elle et raconte, avec son accent d'Outre Rhin, les
multiples découvertes et la sagesse enfin acquise.
NADINE PERRONNET
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