Photographies par Blanc & Demilly

Le Vernissage

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Les Articles de presses

Texte et Photo Parus dans la revue
AZART N°14 de mai-juin 2005

MORNANT
BLANC ET DEMILLY

C est dans une très jolie maison du XVIe siècle. au cœur du village de Mornant que l'association de Amis des Arts organise avec passion de belles expositions. C'est la photographie qui a été  retenue pour l'exposition de début mai, avec la présentation des oeuvres de deux illustres photographes du XXe siècle Théo Blanc et Antoine Demilly. Ces deux artistes nous donnent a voir les visages de leurs contemporains (Edouard Herriot. ( Combet-Descombes. Picasso. Françoise Sagan...) et des vues exceptionnelles de Lyon, la ville ou ils ont vécu. Une expositions originale où vous pourrez découvrir, entre autres, des oeuvres jamais présentées

 


Maison de Pays
6 rue Joseph Venet 69440 Mornant
Tel. +33 (0)4 78 44 03 76
Du 5 mai au 5 juin 2005

 

Blanc et Demilly
Quai sous la neige Photographie

Revue :  Lyon capitale - semaine du 25 mai 2005 - n° 526
La chronique par Jean-Jacques Lerrant

Trois photographes : Blanc, Demilly, Basset

les animateurs, bénévoles, de la maison de pays de Mornant font un bon travail. Leurs expositions d'été concernent régulièrement les peintres lyonnais modernes, ceux du Salon du Sud-Est notamment. On a vu dans leurs locaux des œuvres de Combet-Descombes, d'Étienne Morillon, de Truphémus – qui joue dans les coulisses un rôle de conseiller – et, plus récemment, d'Henriette Morel. La petite équipe, qui met du cœur à l'ouvrage, tient à apposer sa marque soit par des enquêtes biographiques graphiques approfondies, soit par la production de documents nouveaux. Ainsi, pour la rétrospective Blanc et Demilly, les responsables ont-ils ajouté aux œuvres qui leur ont été prêtées par le centre Pompidou d'autres photos, peu connues, issues de collections particulières et des catalogues assez rares montrant le crédit dont jouissaient dans les milieux d'avant-garde les deux photographes lyonnais, aussi bien avant la guerre qu'après celle-ci. L'un et l'autre – leur commune signature les a justement rendus indissociables pour la postérité — étaient très au fait des aventures de l'art contemporain.
Théo Blanc et Antoine Demilly, à la fois techniciens remarquables et artistes d'une sensibilité originale, ne négligeaient pas la part commerciale de leur affaire, longtemps prospère. Il était de bon ton pour les baptêmes, les communions, les mariages, d'aller dans le studio des deux beaux-frères associés, pour sceller l'événement d'une photo destinées aux artistes familiers. On a eu raison à Mornant d'illustrer par quelques images cette activité, , qui consacre les rites de la bonne société. Sans rénover le genre, les deux compères y ont glissé leur honnêteté d'observateurs sur commande, leur curiosité jamais lassée et parfois leur humour. Même là, on remarque l'évolution de leur style depuis les flous romantiques jusqu'à la précision, la netteté descriptive. Pour m'être fait, adolescent ravi du privilège, "tirer le portrait" par Antoine Demilly, j'ai vu comment il procédait, tournant autour du modèle, le désarmant de toute tension par quelques propos familiers, multipliant les clichés de quasi-surprise pour saisir l'expression révélatrice, celle où le visage s'avoue.
Blanc et Demilly, différents et complémentaires, l'un assez secret, l'autre dandy et charmeur, ont été les grands portraitistes des gens de la ville et des visiteurs de marque. On trouve dans l'exposition de Mornant Pierre Combet-Descombes, Marcel Gimond, René Chancrin, Jacques Truphémus, Pablo Picasso, Édouard Herriot, la mère Brazier, le journaliste Pierre Mérindol, Roger Planchon et d'autres en pleine effervescence ou dans une pose méditative, en tout cas étonnamment vivants. De l'instantané jusqu'à la fin des temps. De l'instant fluide et fixé. La vie sur-prise et suspendue... Dans le même temps, ils ont été aussi les portraitistes de la ville, de ses quais, ses rues, les nobles et les secrètes, ses sites classiques et ses aspects insolites, ses perspectives et ses détours. En noir et blanc

Ils continuent de dire les brumes, les reflets sur les fleuves et sur les flaques des trottoirs, les lumières changeantes. Ils captent la ville par des prises de vue singulières, par leur tendresse égale pour le grand et le petit C'est le Lyon de l'hôtel de ville et d'une silhouette dans une traboule, d'un cortège élégant au café de la Paix et des matelassiers près du pont de la Boucle, de la grande bataille des nuages au-dessus de Fourvière et des ciels brouillés. "Pour bien connaître Lyon, il faut s'y promener longuement. Lyon est une ville de flânerie", écrivait Demilly.
l'un et l'autre ont manifesté la même curiosité disponible lors de leurs voyages en France et à l'étranger. Mais d'autres travaux requièrent l'attention. Ainsi des natures mortes, construites par des ruptures entre les noirs et les blancs, d'une austérité telle qu'elles font songer aux maîtres espagnols des "vies silencieuses": Essayistes, ils le sont aussi dans l'agrandissement des détails. Des gouttes d'eau deviennent une foule aux ombres portées. Leurs manipulations ne trahissent pas la réalité mais la prolongent, jusque sur le seuil des métamorphoses. Leur science des cadrages et des tirages assure leur vision poétique du monde et rend présent leur passé. Blanc et Demilly, éternels compagnons!
Par une conjonction heureuse, un autre photographe, René Basset, bien vivant et créatif malgré l'âge, expose au musée du Revermont à Cuisiat. Empli de piété filiale à l'égard de Théo Blanc et d'Antoine Demilly — qui lui avaient attribué en 1939 un Premier Prix lors d'une exposition organisée par eux – il leur a dévoué un livre publié en 1995 par Jacques André. C'est une étude très informée sur la vie et l'œuvre de ces pionniers, dont il a suivi l'exemple. Il a intitulé son exposition "Divertimento". C'est dire qu'y préside l'esprit de fantaisie, inspiré ici par les incongruités de la nature. Tout, en effet, est allégories et mascarades : un pommier suivi dans les étapes de ses saisons jusqu'à l'écroulement final, des haricots prenant la pose, un coing suggérant un personnage ubuesque, des nœuds d'arbre faisant des gueules, dès cailloux livrant sur leur épiderme des messages indéchiffrables, des détails infimes et de grands espaces.
Portraitiste sérieux, il l'est aussi, comme ses maîtres. "René Basset; c'est un attentif, c'est un oeil, c'est une malice au coin de l'oeil. C'est un coeur généreux", écrit Roger Planchon, un de ses "modèles": La malice et la générosité, c'est bien, en effet, ce dont témoignent ses photos.

Jean-Jacques Lerrant